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Né en 1905 dans ce qui est aujourd’hui l’actuelle Ukraine, Vassili Grossman est un auteur et journaliste russe. Connu pour ses chroniques (Ses Carnets) dans lesquelles il narrait les combats auxquels il avait assisté sur le front de l’est, cet ancien correspondant de guerre a été le premier à décrire un camp de la mort (L’enfer de Treblinka, 1944).

Comme nombre de ses compatriotes d’origine juive, il a été ébranlé, torturé, brisé par la guerre, et subi la répression stalinienne après celle-ci. Ecrivain auparavant encensé par le régime, élément soviétique de valeur, la rupture avec ces derniers est difficile à expliquer.

Introduit par Max Gorki (En gagnant mon pain, ma mère, …) dans la sphère culturelle soviétique, ses premiers romans sont marqués par son parcours : ingénieur-chimiste, il a travaillé dans les mines, ce qui lui permet de renouer de manière très crédible avec le « roman industriel » en vogue dans les années 20-30.

Toujours est-il que très vite après la guerre, Grossman devient un indésirable, un écrivain rebelle, dont les livres sont avidement critiqués dans les numéros du journal du parti, Pravda. Le comité antifasciste juif dont il a fait partie est dissolu, les pièces qu’il rédige caractérisées « d’idéologiquement nocives, d’apologie du pessimisme ».

C’est qu’après l’écrasement des armées nazies, le parti soviétique de Staline est inquiet et préoccupé par le souffle de liberté qui semble déferler sur le pays. En 1946, déjà, le contrôle culturel des arts et des lettres avait repris. En 1952, lors du Procès de Prague, le sionisme est pour la première fois désigné comme ennemi du régime. Pendant la guerre, l’idéologie communiste avait été mise en sourdine afin d’appeler le peuple uni contre l’envahisseur, de faire émerger la collectivité de celui-ci. Mais très vite, le temps des purges était revenu…

C’est dans ce contexte que Grossman fait paraître le premier tome de ce qui sera l’œuvre de sa vie : Pour une juste cause. Malheureusement très expurgé (censure, autocensure ?), cette fresque d’envergure suit le destin d’une famille et de personnages typiquement russes, dans les soubresauts de la guerre. Roman tolstoïen, Pour Une Juste Cause permet de se plonger dans le conflit qui opposa les plus grandes puissances mondiales de notre temps. Vie et Destin, le deuxième tome de son opus majus, le suivra de quelques années. Paru en 1960, et plus connu parce que confisqué par le KGB, il faillit ne jamais voir le jour. C’est par miracle qu’il sera sauvé lorsqu’un manuscrit sera retrouvé in extremis.

Pourquoi une telle censure? Si Vassili Grossman ne critiquait pas directement dans son œuvre, bien sûr, le régime soviétique, il y décrit pourtant le chaos, la débâcle, de la guerre avec l’Allemagne. Pour la première fois, l’ennemi avait pénétré très profondément dans les terres russes. Ses personnages s’interrogent, à mots voilés,  sur le communisme, le fascisme. Ils cherchent la vérité, remettent en question les notions enseignées au peuple, critiquent la vulgate tantôt marxiste, tantôt léniniste.

En cela, Pour une juste cause: Vie et destin constitue l’un des meilleur romans du 20ème siècle.

Grossman mourra quelques mois après la confiscation de tous les exemplaires (sauf un !) de Vie et Destin. Comme s’il n’avait plus pu supporter, plus jamais, le dégoût profond que ressent un  régime dictatorial pour la vérité.

« Dans cette steppe kalmouke qui s’étend vers l’est jusqu’à l’estuaire de la Volga et les bords de la mer Caspienne, où elle se transforme en désert, la terre et le ciel se sont reflétés l’un dans l’autre depuis si longtemps qu’ils se ressemblent, comme se ressemblent mari et femme quand ils ont vécu toute leur vie ensemble. Et il est impossible de savoir si c’est le gris de l’herbe qui pousse sur le bleu incertain et délavé du ciel ou la steppe qui s’est imprégné du bleu du ciel, et il devient impossible de distinguer le ciel de la terre, ils se fondent dans une même poussière sans âge. Quand on regarde l’eau épaisse et lourde des lacs Datsa et Barmantsak, on croit voir de plaques de sel à la surface de la terre ; les plaques de sel, elles, elles imitent à s’y méprendre l’eau des lacs. »

Pour une juste cause (1952)

Vie et destin (1950-1960)

Parus à l’Age d’Homme.

Musique : Hail of Bullets – General Winter

Une plongée dans l’histoire d’une papesse de la Beauté au destin atypique.

Helena-Rubinstein

Helena Rubinstein, créatrice d’un des plus grand empire des cosmétiques, jeune juive désargentée née en 1872 et décédée en 1965. Son parcours avait de quoi susciter la curiosité.
Michèle Fitoussi, éditorialiste de magasines féminins, auteur de plusieurs romans, s’est attelée à la biographie de ce monstre sacré de la beauté.
L’exercice était difficile. En effet, rédiger la biographie d’un tel personnage, contemporain de deux guerres mondiales et d’autant de révolutions des mœurs, nécessitait probablement la maîtrise et l’esprit critique de l’historien.

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